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Une famille en cadeau

UNE FAMILLE EN CADEAU POUR LA FÊTE DES MÈRES

par Maurice Gagnon (Le Rayon de Soleil, avril 1998)

Jairo-Alonso, 9 ans, Neftali, 8 ans et Mayerlin, 3 ans, traversent en courant le couloir de l’orphelinat de Cali, une ville située dans la Cordillère occidentale, en Colombie. Dans le hall, ils sont attendus par un père et une mère qu’ils ne connaissent que sur photo. « Papa! » « Maman! » s’écrient en espagnol les trois enfants en se jetant dans leurs bras. Maryse et Paul-André Michaud ne peuvent retenir leurs larmes. Le 14 janvier, le destin de ces trois enfants bascule. Abandonnés par une mère qui obligeait les aînés à mendier de l’argent pour se payer de la drogue, ils sont pris en charge par un couple qui ne demande qu’à les aimer. Maryse et Paul-André souhaitaient avoir des enfants depuis longtemps. Lorsqu’ils se sont mariés, il y a 11 ans et demi, et qu’ils ont fait construire leur maison, des chambres étaient prévues pour accueillir la marmaille. Dame nature refusant de faire sa part, ils ont décidé, il y a quatre ans et demi, de se diriger vers l’adoption internationale. Ils prennent alors contact avec l’organisme Soleil des Nations. Le couple choisit la Colombie, un pays où il est possible d’adopter les enfants d’une même famille. En juillet 1997, on leur offre la possibilité d’adopter trois petites filles ou deux garçons et une fille. Après réflexion, Maryse et Paul-André optent pour le deuxième choix. Le 14 janvier 1998, Maryse et Paul-André Michaud sont à l’orphelinat pour accueillir les trois bambins. Ils sont demeurés un mois en Colombie, le temps de régler les formalités administratives. Retour au pays. L’avion se pose à Mirabel. Jairo-Alonso, Neftali et Mayerlin ont leur premier contact avec l’hiver. Ils sont émerveillés par cette vapeur blanche qui s’échappe de leur bouche. « Ils ont aimé l’hiver, surtout le contact avec la neige », raconte Maryse Morneau. Assis autour de la table de la cuisine, Maryse et Paul-André me racontent comment, du jour au lendemain, ils sont devenus parents. Tout un changement dans leur vie. « On sait la définition du mot patience », raconte Maryse Morneau. Jairo-Alonso, Neftali et Mayerlin sont beaux avec leur teint hâlé, leurs prunelles e jais et ce sourire attachant qui enclercle deux rangées de belles dents blanches. « Ces enfants n’avaient aucun jouet avant d’arriver ici. Là-bas, c’est la pauvreté », raconte M. Michaud. Ils prennent un soin excessif de leurs choses. Les camions qu’ils ont reçus il y a trois mois sont encore rangés dans leurs boîtes. Ils apprécient énormément ce qu’ils ont, la chance d’avoir une famille et de manger plein leur ventre. Ils sont assez vieux pour se souvenir comment c’était dans leur pays », dit-il. Un soir, en voiture, Jairo-Alonso, Neftali et Mayerlin observent le ciel étoilé à travers la glace latérale. « Il y a des étoiles dans le ciel », remarque Neftali. « Le Bon Dieu aussi est dans le ciel. Il a un grand coeur. Il nous a donné un papa et une maman », ajoute l’aîné. Maryse raconte à quel point les trois enfants sont affectueux. La seule image qu’ils avaient jusqu’alors d’une relation de couple en était une de violence. Ils découvrent la tendresse. Jairo-Alonso interrompt l’entrevue pour venir embrasser sa mère. Un peu plus tard, c’est Mayerlin qui vient donner un bec à son père et s’accroche à son cou. À leur arrivée, les enfants ne parlaient que l’espagnol. Maintenant, ils apprennent à s’exprimer en français. Les garçons n’ont eu aucune difficulté à s’intégrer à l’école où ils ont reçu un accueil des plus attendus et chaleureux. « Ils veulent apprendre et obtiennent de très bons résultats », ajoute Paul-André, visiblement fier du 20/20 et du 14/15 que Jairo-Alonso et Neftali ont obtenus respectivement lors de leurs examens. Maryse et Paul-André Michaud ne regrettent aucunement le geste qu’ils ont posé en adoptant les trois enfants. Ils réalisent enfin leur rêve. « Si d’autres couples souhaitent adopter des enfants, nous n’hésitons pas à les encourager à le faire et même à les conseiller », disent-ils. Pour la première fois, en ce dimanche de la Fête des mères, Jairo-Alonso, Neftali et Mayerlin pourront dire : « Je t’aime maman ». Et pour la première fois, ils sentiront la réciprocité de ces paroles.

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